Faciliter et améliorer sa prise de parole

Mis à jour : 4 févr. 2019


Je reviens à nouveau sur l'émission de France Inter Grand bien vous fasse déjà évoquée dans mon article : Améliorer la communication pour améliorer le fonctionnement de l'entreprise.

En effet, cette émission mettait en avant - comme son titre l'indique - les "tics de langage qui nous agacent" et qui peuvent venir perturber le bon déroulement d'un échange, dans le cadre professionnel, mais également pour toute activité sociale.


C'était cette thématique que je voulais initialement présenter dans l'article précédent qui a finalement dérivé sur les problèmes de communication dans le monde de l'entreprise.

Mais ça n'est pas par hasard car les deux thèmes sont naturellement liés.


Ainsi, l'écoute de Grand bien vous fasse m'a immédiatement inspiré cet article consacré à l'amélioration de son discours et l'attitude correspondante, avec une application évidente dans le monde professionnel mais qui peut également se présenter dans le quotidien de tout un chacun.


Pour reprendre le sujet des tics et abus de langage, si on se rend aisément compte des "défauts" de langage et tics de comportement de nos interlocuteurs, il est beaucoup moins aisé d'identifier les siens.


Comme dit le proverbe:

Voir la paille dans l’œil de son voisin et ne pas voir une poutre dans le sien.

Par tics de comportement, je pense par exemple au fait d'avoir le regard fuyant lorsqu'on est stressé, mal à l'aise ou lorsqu'on salue ou serre la main d'une personne, couper la parole ou finir les phrases des autres. Attitude dont on ne se rend pas forcément compte mais qui va avoir sur l'interlocuteur un effet immédiat selon son interprétation (sentiment de manque de confiance ou au contraire de suffisance) qui risquent de biaiser la suite de l'entretien, de la réunion ou de la présentation.


Or, une fois qu'on a commencé à identifier un (ou plusieurs) tic(s) chez quelqu'un, on ne prête plus attention qu'à cela, ce qui peut bien entendu desservir le message, malgré toute la préparation et la qualité de ce dernier, la forme nuisant au fond.

Par exemple, l'emploi à tout bout de champ de termes et expressions tels que: "effectivement", "donc", "en fait", "du coup", "comment dire", "alors, "j'avoue" etc. entraine le risque de focaliser l'attention.

C'est également le cas pour les expressions mal utilisées et formulations à la mode qui peuvent irriter la (ou les) personne(s) qu'on a en face (j'en connais beaucoup allergiques au vocabulaire "disruptif" de la "start-up nation").


Tout le monde n'est pas sujet de la même manière à ces tics et abus de langages qui sont bien souvent prononcés sans qu'on s'en rende compte, ou qui nous sont devenus tellement familiers qu'on n'y prête plus attention.


Ainsi, il peut être intéressant de savoir les identifier pour, si ce n'est les faire disparaitre (car comme dans tout réflexe, leur survenue n'est pas contrôlée), au moins en prendre conscience.


Moi-même, pourtant à cheval sur le bon usage de la langue et de la bonne expression au bon endroit, je ne fais pas figure d'exception et de manière inconsciente je me rends compte de ces travers qui me dérangeraient dans la bouche d'un autre.

Ainsi, il m'arrive trop souvent de placer "un petit peu", "du coup", "en même temps" et d'autres termes inappropriés au contexte et à la syntaxe de mes phrases.


Mais alors, comment identifier ses abus de langage et améliorer sa prise de parole?


De par mon expérience, 2 méthodes complémentaires peuvent aider à progresser si on est sujet à des difficultés d'élocution en public ou tout simplement qu'on souhaite s'améliorer :

1 - Bien se préparer et répéter

Ça peut sonner comme une évidence, mais ça ne l'est pas forcément pour tout le monde.

Cette phase est pourtant essentielle afin de maitriser le plus possible ce que l'on dit.


Cela peut se faire de manière ponctuelle avant un rendez-vous important ou en accumulant et intégrant au fil de l'eau et régulièrement des données sur les sujets sur lesquels on peut être amené à prendre la parole.

Et effet, si vous êtes passionné par un sujet, vous pouvez être intarissable dessus, même sans notes car vous avez fait en sorte de collecter toutes les informations dont vous avez besoin pour en parler.


A l'instar des entrainements d'équipes sportives, des répétitions d'artistes ou de manière plus extrême les préparations militaires, cela n'a pour but principal que d'ancrer des réflexes et connaissances qui permettent ensuite de se libérer de l'attention pour pouvoir laisser de la marge de réaction afin de pouvoir répondre aux imprévus.

Un militaire sait monter et démonter son arme les yeux fermés afin de pouvoir le faire sans réfléchir en situation de stress extrême. De même pour un footballeur qui lors d'un match, utilisera son attention à identifier les situations les plus favorables ou effectuer un geste technique et non pas à se poser en permanence la question "comment on fait une passe/centre?" ou "il est où Michel?" s'il a l'habitude que Michel soit toujours devant lui dans les motifs tactiques répétés encore et encore.


Ainsi, si vous arrivez à une réunion sans connaitre le sujet, les interlocuteurs, que vous vous retrouvez à devoir remplacer au pied levé un(e) collègue pour une présentation, il y a de fortes chances pour que vous ayez des tics de langage qui se manifestent, que vous bégayiez, et que vous soyez sujet à un gros coup de stress si vous devez prendre la parole car vous ne vous y êtes pas préparé.


La préparation permet de "retomber sur ses pattes" lorsqu'un élément inattendu survient (le vidéoprojecteur qui tombe en panne, une intervention imprévue, un trou de mémoire, la fin du temps imparti alors qu'on a encore beaucoup de choses à dire, etc.).

D'expérience, les gens les plus à l'aise sur scène et qui donnent l'impression d'improviser sont ceux qui ont le plus préparé car ils savent aussi mieux gérer le temps.

La décontraction et même l'improvisation, ça se travaille !


Et il faut aussi se rassurer: tout le monde stresse plus ou moins, la différence réside dans la manière de l'exprimer et le handicap que cela peut constituer.

Sarah Bernhardt, à qui une jeune comédienne a déclaré qu'elle avait déjà joué plusieurs fois et qu'elle n'avait même plus de trac, aurait alors répondu :

Ne vous en faites pas, le trac, cela viendra avec le talent (Source Wikipedia)

Cela sous-entend au passage que le talent se travaille également, ce avec quoi je suis entièrement d'accord.


Ce premier point fait également écho avec un article publié récemment sur LinkedIn, intitulé Devenir orateur avec… Sir Winston Churchill et qui pourrait être résumé par:

"Se préparer, répéter, lire et toujours se cultiver."

Winston Churchill était fou amoureux de la langue anglaise. Il la chérissait et faisait tout son possible pour la sublimer dans ses discours. Conséquence? Pour une prise de parole de 40 minutes, il comptait entre 6 à 8 heures de préparation.

Ça parait disproportionné? Tout dépend de l'importance de la prise de parole (la portée d'un discours de Churchill n'est certes pas celle de tout un chacun).


Si le discours ou la prise de parole permet de passer des messages clairs, qui seront immédiatement compris et que vous n'aurez donc pas à répéter ultérieurement, c'est plus un investissement qu'une perte de temps.


2 - S'écouter, se réécouter et s'observer

Là encore, rien de révolutionnaire, c'est tout simplement la méthode qu'utilisent (principalement avec des formats vidéos) des sportifs, artistes ou même coaches pour identifier des points à améliorer.

C'est donc par cette approche que j'ai pu me rendre compte des axes de progrès sur lesquels il fallait que je travaille, au travers de plusieurs projets au sein desquels j'évolue.


En effet, depuis une vingtaine d'années, je joue dans différents groupes de rock et il est régulièrement arrivé qu'à l'occasion des concerts que j'ai pu faire, des vidéos aient été tournées. Dans ce cas, leur visionnage a été très révélateur sur mon attitude et ma diction.

Je sais ainsi comment je me tiens sur scène, comment j'évolue, quels mots j'utilise (trop) régulièrement, etc. et donc j'essaie d'adapter au fur et à mesure le jeu de scène selon ce qui me parait fonctionner ou non.


De plus, depuis 7 ans, j'anime un podcast (une émission de type radiophonique disponible en téléchargement) avec une bande d'amis - L'EntrePod - et nous nous sommes régulièrement fait la remarque qu'entre nos débuts et maintenant, nous avons énormément progressé dans notre prise de parole, individuelle mais aussi en tant que groupe, avec de plus en plus d'aisance à passer les messages et à interagir entre nous, mais aussi avec nos invités.

Cela allant de pair avec l'amélioration et l'évolution de notre méthode de préparation.

C'est la réécoute de nos émissions après mise en ligne qui amenait les uns et les autres à faire part d'autocritique et de critiques, toujours constructives, destinées à améliorer la fluidité des émissions.

La réécoute est très importante car il arrive fréquemment qu'à cette occasion, on ait une perception différente de ce qu'on a vécu sur le moment (sur le fond, sur la forme, sur la manière dont un message est passé, etc.)


Et enfin l'exercice le plus compliqué (qui peut pourtant apparaitre comme un plaisir narcissique) mais aussi très intéressant, a été la réalisation de vidéos "facecam".

Lorsque j'ai quitté mon emploi pour me lancer dans l'entrepreneuriat, j'ai également créée un projet sur Youtube intitulé "Journal de Bord d'un changement de vie" (qui a été décliné en podcast) et qui consistait à partager mon expérience de reconversion semaine après semaine.

Cet exercice a été très instructif car il mêlait à la fois l'image et le son. En effet, comme je parlais en monologue, mes tics de langage ou mes expressions faciales me sautaient donc violemment aux oreilles et aux yeux lors du montage en post production.

S'il m'arrivait d'effectuer des coupes de temps en temps, cela s'avérait fastidieux et créait parfois des problèmes dans la fluidité des phrases et leur dynamique; j'ai donc préféré essayer de travailler sur moi (sur mes "euuuuh", mes "un petit peu" et autres locutions inappropriées), sur la préparation pour cadrer l'improvisation, afin que cela se produise moins.


Alors cet exercice n'est pas forcément évident car on peut avoir le réflexe "je ne supporte pas mon image / ma voix", ou refuser de voir ses défauts en face. Mais on a tous plus ou moins cette réaction et comme pour tout, à force de s'exercer, on fini par se familiariser et y prêter moins attention (ça rejoint le point précédent).


Souvent, je surprends les gens qui me connaissent par tel ou tel projet quand je dis que "je suis un grand timide mais je me soigne" car pour eux je peux apparaitre comme étant à l'aise dans toute situation. Et pourtant, il a fallu - et il faut toujours - que je prenne régulièrement sur moi, en mettant en place des techniques et méthodes (dont les deux évoquées ici-même).


Pour cela, un œil extérieur peut être nécessaire mais pas obligatoire, si tant est qu'on ait suffisamment d'autocritique, mais attention justement à l'excès d'autocritique qui peut amener à la dévalorisation de soi en ne voyant que les défauts.

Donc l'avis neutre (c’est-à-dire pas les amis / famille / collègues, pas toujours des plus objectifs selon les liens qu'ils ont avec vous) peut parfois être intéressant pour constater de manière plus objective l'évolution dans la durée.


Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. Nicolas Boileau (1636 – 1711)

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Nicolas FREBOURG - nicolas.frebourg@delhuiledanslesrouages.fr - 07 68 98 08 07

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